Rêves et mémoires d'Amérindiens...

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N’avez-vous jamais rêvé de parcourir les Grandes Plaines sur votre cheval au galop ?

N’avez-vous jamais imaginé écouter le pas de vos ennemis, couché sur une traverse de chemin de fer ?

N’avez-vous jamais été prisonnier, attaché à un arbre, pendant que votre meilleur ami entamait une danse sioux endiablée autour de vous ?

Eux, si. Et bien leur en a pris.

 

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Le mot de l’éditeur

Pour ce second Périple Mythologique, 13 auteurs ont chaussé leurs mocassins et sont partis sur les traces des légendes amérindiennes.

Enquête dans les terres apaches, manifestations surnaturelles chez les Hopis, mystères polaires des Inuits, mémoire des Sioux encore hantés par la Ghost Dance et Little Big Horn…

L’oiseau-tonnerre traverse le ciel. Sous ses ailes déployées chantent les ultimes totems.

Alors approche, ami lecteur. Viens en paix, prends place, et que le souffle du Grand Esprit, bienveillant ancêtre sous sa coiffe enrichie de ces treize plumes, bénisse ta lecture.

 

Auteurs au sommaire : Marie Barthelet, Armand Cabasson, Jean-Michel Calvez, Nicolas Cluzeau, Sophie Dabat, Marie-Catherine Daniel, Franck Ferric, Jacques Fuentealba, Carole Grangier, Denis Labbé, Aurore Perrault, Pierre-Alexandre Sicart, Vanessa Terral.

 

Petit tour d’horizon des textes

« Totem », de Franck Ferric nous fait découvrir en quelques pages l’histoire de ces terres du Nouveau Monde, par la voix d’un arbre « enraciné à une terre déjà ancienne » qui nous raconte les hommes, les exilés, les chasseurs, les ouvriers, et son ami le faucon. Un texte que j’ai trouvé très émouvant et qui constitue une excellente introduction aux thèmes et aux lieux qui vont suivre.

Pour rappel, Franck Ferric est l’auteur de l’excellent La Loi du désert et des Tangences Divines   (éditions du Riez).

 

« Sables noirs » d’Aurore Perrault est une intrigue façon « thriller », entre extraction minière et chamanisme. On joue ici sur le contraste entre la brutalité de la réalité économique et la violence des mythes.

 

« Mitakuye Oyasin » de Carole Grangier nous fait suivre un sentier rouge, au fil de différentes grandes batailles et défaites, épisodes sanglants de l’histoire américaine. Le texte est court mais poignant, le style est empreint de poésie. Un petit bijou.

 

« Visions » d’Armand Cabasson est une danse parmi les danses sacrées : danse des Esprits, danse du Soleil, qui toutes nous entraînent dans un autre niveau de conscience, ou changent l’histoire. Il s’agit d’un récit fantastique, de ceux qui brouillent les frontières entre réel, imaginaire, folie, ou autre niveau de conscience.

 

Dans « Le grand sault », Denis Labbé nous fait explorer un Nouveau Monde au XVIIème siècle par les yeux d’un homme blanc : soigné par ceux qui furent ses ennemis, ce survivant va renaître au cours d’une initiation. (Denis Labbé est également l’auteur de La Marelle d’Ombres.)

 

« Le dernier ours » de Vanessa Terral est une épopée dans le Grand Nord, en pleine catastrophe écologique ; le héros subit des épreuves dignes d’un demi-dieu antique. Le texte est empreint d’un souffle puissant, que l’on imagine raconté la nuit près d’un feu de camp, par un conteur venu du fonds des temps. (Vanessa Terral est également l’auteur de l’excellent roman L’Aube de la Guerrière, aux éditions du Chat Noir, dont une chronique devrait suivre sur le blog.)

 

« La Grotte de l’Indien » de Pierre-Alexandre Sicart est le terrain de jeux où le jeune Tim va suivre son copain Niyol, lorsque leurs vies seront menacées par la furie des éléments… une belle histoire pour une amitié étonnante.

 

Dans « Cœurs apaches », Nicolas Cluzeau nous présente une uchronie dont la star est Mary-Ann Brown, déjà rencontrée dans une autre de ses nouvelles. Dans cette réalité-là, les agents secrets ont des pouvoirs psychiques étranges, et on est face à l’épouvantable folie d’une personne meurtrie, dont la douleur réveille des forces bien plus anciennes. L’auteur résume son texte ainsi : « Tout dans la novella parle de perte : des repères familiaux, de l’innocence, des traditions anciennes, de sa propre humanité ». Un autre texte poignant.

 

« L’Appel du tambour » de Sophie Dabat est l’histoire d’un frère et d’une sœur qui se retrouvent à l’appel de leur nature profonde, de l’animal qui est en chacun d’eux, grâce à un rituel ancestral. Ce texte-ci parle davantage de liens, ceux qui nous lient irrémédiablement à notre personnalité, à notre famille, à notre destin.

 

« Triple Totem », lui aussi, nous parle d’identité multiple. Marie-Catherine Daniel nous fait entrer dans les pensées de ékiOkoué, une jeune femme à la recherche de son totem, de l’esprit animal qui lui révèlera son être profond, la nature de son âme. Et cette quête peut être bouleversante. Une nouvelle qui pourrait être une ode aux métamorphoses de l’adolescence.

 

Dans « Ceux-qui-reviennent » de Jean-Michel Calvez, on a un nouvel exemple de la confrontation brutale entre le système économique libéral et l’âme d’une terre sacrée. J’ai retrouvé dans cette nouvelle une tension similaire à celle des premiers thrillers qui me faisaient frémir dans mon adolescence.

 

Dans « Instinct », Marie Berthelet fait surgir à fleur de peau des pouvoirs ignorés, une histoire oubliée ; à travers des tatouages, c’est tout un peuple du Grand Nord qui renaît. Un très beau texte, là aussi, dans lequel on suit les vies parallèles de deux personnages fort éloignés et pourtant liés.

 

« Ghost Dance » de Jacques Fuentealba évoque les thèmes principaux déclinés dans les nouvelles précédentes : puissance des croyances et des mythes ancestraux, effacement des frontières entre les mondes, combats héroïques et destinées tragiques. Le texte tout en émotion et en tendresse est servi par un style impeccable. Pour rappel, Jacques Fuentealba est l’auteur entre autres de l’extraordinaire Cortège des Fous .

 

L’anthologie se termine avec « Coyote repeuple le monde », l’adaptation par Hélène Pedot d’un beau mythe de la création dans lequel Coyote chante pour faire revenir les hommes. Il complète la préface et le glossaire d’Hélène Pedot, qui sont deux morceaux d’érudition attrayante et pertinente.

Mon avis

J’attendais avec impatience la sortie de cette anthologie : non seulement le thème me faisait saliver (ah ! les Amérindiens !), mais de plus certains des auteurs présents font partie de mes auteurs fétiches.

Au premier abord, j’ai été déçue par la couverture, que je trouve trop colorée, trop joyeuse, et pas du tout représentative des thèmes abordés. Un libraire qui recevrait cette anthologie sans en avoir parcouru les textes pourrait être tenté de la vendre en rayon « jeunesse »… ce qui n’est pas du tout sa place. Sa place est davantage en fantastique, en thriller, en frissons en tous genres.

 

Le contenu, lui, est d'une grande qualité. Chaque auteur a bien évidemment sa personnalité, sa voix propre.

Tous ont réussi à mêler subtilement le fantastique au réel, à utiliser des éléments de l’histoire et des mythes de l’Amérique du nord de façon à nous les rendre familiers. Certains thèmes sont récurrents, comme si notre imaginaire d’enfants du Vieux Monde utilisait le Nouveau Monde comme miroir déformant, comme une excuse pour réfléchir nos défauts, et comme moyen de hurler notre culpabilité de vilains enfants de la Terre Mère. Toutefois, on laisse côté la tendance « moralisatrice » et on se laisse entraîner dans la beauté des paysages, la justesse de ces histoires qui font vibrer une fibre en nous qu'on pensait oubliée.

 

Un très beau voyage dans les terres et les rêves de l’Amérique du Nord. Après l’extraordinaire Flammagories, c’est encore une superbe anthologie qu’Argemmios nous propose. Je laisse le mot de la fin à Jacques Fuentealba :

« Ils peuvent voler les terres des vivants, mais ils n’arriveront jamais à prendre la terre des ancêtres, tant que nous nous souviendrons d’eux. »

 

 

Informations complémentaires

Chants de totems, anthologie dirigée par Nathalie Dau et Hélène Pedot

Illustration de couverture : Fabien Fernandez

Editions Argemmios 

Date de parution : 12 avril 2012

Collection : Périples Mythologiques

ISBN : 978-2-919049-05-9 – ISSN : 2100-4293

Prix public : 20 €

384 pages – format 14 x 20 x 2,765 cm

Cristophe 05/11/2012 09:46

Effectivement la couverture ne donne pas envie. En voyant cette couverture, je m'attends à une vision "carte postale" des amérindiens fantasmée par des non-amérindiens.

A l'ombre des nénuphars 05/11/2012 11:16



Il y a parfois un peu de ça... mais pas que. On découvre dans ces textes certains rites particulièrement cruels (brrrrrrr).



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