Maus d'Art Spiegelman

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Le jeu du chat et de la souris se finit souvent mal pour la souris. Pourtant, certaines en réchappent parfois. Et témoignent.

 

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Le mot de l’éditeur
Le père de l'auteur, Vladek, juif polonais, rescapé d'Auschwitz, raconte sa vie de 1930 à 1944, date de sa déportation. Ce récit est rapporté sous la forme d'une bande dessinée dont les personnages ont une tête d'animal : les juifs sont des souris, les nazis des chats, les Polonais des porcs et les Américains des chiens.

 

L’avis de Marek Halter
Maus (…) est l’histoire d’une souris dont le chat a décidé d’avoir la peau. La souris est le juif, le chat le nazi. Le destin de Maus est de fuir, de fuir sans espoir l’obsession du chat qui lui donne la chasse et lui trace le chemin de la chambre à gaz.
Mais Maus est également le récit d’une autre traque, celle d’un père par son fils pour lui arracher l’histoire de sa vie de juif entre 1939 et 1945 et en nourrir sa propre mémoire, se conformant ainsi à l’obligation de se souvenir.
De transmettre aussi. (…)

 

Mon avis
Cette bande dessinée va droit à l’essentiel, en toute honnêteté ; les mots du père sont d’autant plus durs qu’ils sont un témoignage de première main, la mémoire d’un survivant du pire, sans maquillage ni analyse pseudo psychologique ou autre. Le père raconte au fils ses souvenirs tels quels, sensations, images, odeurs, peurs. Ceux qui expliquent l’inexplicable : « pourquoi donc ne se rebellaient-ils pas ? ». Tout simplement parce que l’existence d’une volonté politique avec logistique, statistiques et moyens hors du commun dans le seul but non pas de protéger ses concitoyens mais de les éradiquer, cette existence est inconcevable parce qu’au-delà de l’effroyable. Certaines planches racontent très bien comment l’espoir des « souris » subsistait, là même où les « chats » n’avaient laissé aucune brèche possible. Le choix des animaux permet de rendre encore mieux la vision que chacun a sans doute de soi : chaque individu constitue un maillon dans un groupe social, et chaque groupe social peut se transformer en prédateur d’un autre groupe (voir l’actualité avec guerres de religions et traques d’étrangers).

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Le résumé de l’éditeur ne rend pas hommage à cette BD complexe, riche et profonde. Les circonstances mêmes de l’écriture de la BD : le récit que le fils extirpe à son père, sont importantes, et donnent une dimension supplémentaire au travail de mémoire qu’ils ont fait ensemble. Il a fallu énormément de courage au père pour revivre ces années de terreur pure ; et il en a fallu au fils tout autant pour tenir tête à son père et le forcer à sortir de son silence.
Cela donne un récit bouleversant et nécessaire, servi par un dessin efficace épuré.
Un chef d’œuvre, et à ce jour la seule bande dessinée couronnée d’un prix Pulitzer (1992).

 

Informations complémentaires
Maus, de Art Spiegelman, éditions Flammarion ; intégrale comprenant les tomes 1 et 2 : 28 €
EAN13 : 9782080675347 – ISBN :978-2-08-067534-7
Éditeur :Flammarion, diffusion : Flammarion ; distribution : UD
Date de parution : 11/1998
Nombre de pages : 295
Dimensions : 25 x 17 x 2 cm – 885 g
Langue : français – Langue originale : anglais

Escrocgriffe 19/10/2013 21:12

C'est clair !

Escrocgriffe 12/10/2013 23:43

Faut vraiment que le lise cette "bd", j'ai honte de ne pas encore l'avoir fait… J'ai aussi parfois du mal avec cette période qui ne cesse de m'horrifier, paradoxallement je me suis peut-être un peu
trop documenté. Belle critique en tout cas, bravo !

A l'ombre des nénuphars 19/10/2013 21:06



Allez hop hop, on file lire Maus, hop hop... ça fait réfléchir aussi sur notre présent.



Cristophe 12/10/2013 19:39

Début 2012 à Paris au centre Georges Pom Pom Pidou, il y a eu une exposition consacrée à Art Spiegelman, avec beaucoup de Maus. On pouvait y écouter la voix de son père racontant son histoire,
terrible...

Il y avait aussi d'autres œuvres, comme cette illustration pour les Cent Sonnets de Boris Vian :
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A l'ombre des nénuphars 19/10/2013 21:07



Entendre la voix du père devait être très émouvant.


L'image est terrible, brrrrr !



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