Source des tempêtes, de Nathalie Dau

  • À l'ombre des nénuphars - Gertrude - Sandrinoula
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Les beaux jours reviennent, l’inspiration pour l’écriture aussi ; et entre les textes en cours, les rhumes, un projet de dessin et un travail inattendu qui m’occupera jusqu’à fin avril (en plus de mon emploi), mon temps libre pour la lecture s’est trouvé réduit depuis Livre Paris 2016.

De ce salon au bilan mitigé (pour un avis détaillé, c’est par ici), je suis revenue avec peu de livres, mais beaucoup de pages. Je viens de refermer le premier de ces titres : Source des tempêtes, le premier tome de la saga Le Livre de l’Énigme, de Nathalie Dau, paru aux éditions Moutons électriques.

Quatrième de couverture

Les ténèbres ont un cœur de lumière.

Je l’ai su quand j’ai vu l’enfant dans la tempête. J’ai entraperçu l’azur de sa magie étrange et intense, mon univers s’est métamorphosé. Moi qui me sentais si seul, si désespéré, j’ai découvert soudain pourquoi j’étais venu au monde : pour protéger celui qu’on m’a donné pour frère. Un frère pas tout à fait humain, pas tout à fait possible. Le protéger des autres et de lui-même : des décisions qu’il voudrait prendre afin de résoudre sa maudite Énigme. Car ce petit est doué pour se mettre – nous mettre – en péril ! Mais j’ai la faiblesse de croire que je suis plus têtu que lui.

Source des tempêtes, de Nathalie Dau

Mon avis

(La galerie des personnages est riche, la société complexe ; de plus, le roman s’intègre dans l’ensemble plus général des œuvres de Nathalie Dau, notamment par nombreuses de ses nouvelles. Un article de blog ne suffit pas pour analyser cette œuvre ! Vous pouvez découvrir d’autres avis sur plusieurs blogs listés ici http://www.moutons-electriques.fr/livre-378.

Attention : ce roman peut présenter des difficultés pour des lecteurs peu aguerris ou habitués à dévorer des romans au synopsis codifié et prévisible…)

Une prophétie, de la magie, des êtres intelligents pas vraiment humains : cela pourrait ressembler à un roman de fantasy classique qui suit tous les codes du genre, et qui pourrait donc rebuter tout lecteur non féru de littérature de l’imaginaire. Vous auriez tort. Nathalie Dau connaît parfaitement les rouages de ce genre ; elle a choisi de les utiliser à la façon d’une loupe afin de dévoiler les travers de notre propre humanité et société, et pour sublimer les raisons d’espérer. Par exemple, on retrouve l’imbécillité et la méchanceté qui s’étaient exprimées lors des manifestations anti Mariage pour tous, dans les descriptions des violences à l’égard des rives ou des homosexuels.

Nous voici donc en présence d’une fratrie : l’aîné, en quête éperdue de reconnaissance et de tendresse ; le benjamin, à l’âme d’adulte et aux besoins d’enfant, alors qu’il porte le poids d’une prophétie. Leur relation est profonde, leur dévotion à l’autre entière. Là où d’autres auteurs utiliseraient la jalousie comme ressort dramatique, ici c’est l’amour fraternel qui fait office de force motrice – ce qui constitue un très beau défi narratif. Toutefois, nous sommes loin d’entrer chez les Bisounours ! La force brute et stupide se révèle toujours là, sournoise, tapie, polymorphe, prête à s’en prendre aux faibles à la première occasion. Les enfants ne sont pas épargnés, et de nombreuses scènes, notamment certaines confessions dans la troisième partie, m’ont donné des suées froides (voire des cauchemars).

Parmi les nombreux personnages, j’ai eu un énorme coup de cœur pour Tillie et sa vie avec les nomades, grand moment de respiration et de paix dans ce roman qui n’épargne pas ses créatures. Il m’a semblé que Tillie est le négatif d’Yspaddadora, la « vieille dame » qui a élevé Ceredawn et ne peut accompagner les frères dans leur voyage : l’une au début du voyage, l’autre à la fin d’une étape cruciale ; l’une fait tout pour éloigner Cerdric de Ceredawn, l’autre lutte pour les réunir ; l’une l’initie à la forêt, l’autre à la ville ; toutes deux se préoccupent vraiment, semble-t-il, de son bien-être et de son bonheur.

Un des codes de la fantasy est de glorifier la force brute, l’instinct guerrier. Ici aussi, on la voit en œuvre, mais chaque bourreau a le choix du passage à l’acte, et en porte la responsabilité. Et chaque victime peut se révéler bourreau. Ici, ni Bien ni Mal, mais Loi et Chaos, Ordre et Changement. D’ailleurs, la phrase d’accroche de la 4e de couverture le résume très bien. Par conséquent, que l’on penche vers l’un ou l’autre est indépendant de notre moralité ou de notre respect des autres. Le maître mot de cet univers serait donc « nuance ». En notre époque agitée, nous avons bien besoin de cette piqûre de rappel.

Comme tous ses textes, celui-ci est extrêmement soigné dans sa forme, le style est impeccable, le vocabulaire riche. On savoure chaque ligne, on prend le temps de s’immerger dans cet univers, d’en découvrir la magie (à tous les sens du terme). La forme du livre rend hommage au texte : comme toujours, la maquette des Moutons électriques est soignée, en finesse dans un design très moderne. Et le format en 17 X 21 cm reste original et très confortable à la lecture.

Bref, vivement le tome 2.

Pour aller plus loin

Mini site dédié, avec le texte de la « genèse » par Nathalie Dau

http://moutonselectriques.wix.com/sourcedestempetes

À lire aussi

Tangram, éditions Rivière blanche http://alombredesnenuphars.over-blog.com/2014/06/tangram-de-nathalie-dau.html

Ses recueils, dont Contes myalgiques, éditions Griffe d’encre http://www.griffedencre.fr/spip.php?article194

Informations complémentaires

Source des tempêtes, tome I de Le Livre de l’Énigme, de Nathalie Dau

Sa biographie : http://www.imaginales.fr/nathalie-dau/

Éditions Moutons électriques

Couverture par Melchior Ascaride http://mascaride.strikingly.com/

ISBN 978-2-36183-240-7

eISBN 978-2-36183-241-4

ouvrage broché 17 cm × 21 cm 448 pages 19,90 €

diffusion & distribution Harmonia Mundi

Cristophe 17/04/2016 08:54

Tu arrives à t'y retrouver dans toutes ces histoires en plusieurs tomes ?

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