Journal d'une Femen, Dufranne et Lefebvre

Des femmes qui luttent contre le machisme et la société patriarcale en dévoilant leur corps… Folles exhibitionnistes ou bras armé du féminisme ? Découvrons les Femen !

Comment j’ai découvert la BD
Appréciant les chroniques de Michel Dufranne dans l’excellente émission Livrés à domicile de la RTBF (via Internet), je suis également son actualité sur les réseaux sociaux. J’avais donc lu l’annonce de cette sortie cet automne, puis j’ai pu feuilleter la BD en librairie où elle était sur table (à Angers). Mais les finances n’étant pas au top, j’ai remis l’achat à plus tard. Et puis le week-end dernier, en parcourant le programme du festival Atlantide (Nantes, 29 au 31 mai 2015), j’ai vu qu’une rencontre avec Michel Dufranne était organisée à la Mystérieuse Librairie nantaise. Ni une ni deux, j’ai négocié mon vendredi après-midi, et j’ai sauté dans un train pour Nantes. Ce fut l’occasion non seulement de découvrir une nouvelle librairie (très belle librairie BD, avec des libraires accueillants et d’excellent conseil), mais aussi d’écouter le scénariste raconter la genèse de la BD et révéler toutes les difficultés auxquelles lui et Séverine Lefebvre font face encore maintenant pour la promotion de ce titre…
Vous vous en doutez : comme lors de ma première rencontre avec Jeanne-A Debats, mon cerveau est resté en mode « midinette-fan », figeant un sourire idiot sur ma face et annihilant une bonne partie de mes facultés intellectuelles et sociales. Au moins, je n’ai pas l’option « cri de fan suraigu ».
Le livre acheté et dédicacé (merciiiiiiii !), je l’ai lu dans la foulée.

 

Journal d'une Femen, Dufranne et Lefebvre

Le mot de l’éditeur
Apolline, la vingtaine, jolie, célibataire, travaille dans une agence de communication. Divers incidents de son quotidien lui font prendre conscience qu’il n’est décidément pas facile d’être une femme dans notre société moderne. Que ce soit dans le métro, au boulot, même au sein de sa famille, les clichés machistes sont toujours bien présents. C’est pourquoi elle décide de s’engager dans le mouvement féministe et activiste des Femen et d’en découvrir les coulisses... avec les doutes, les difficultés et les conséquences que cela implique.

Mon avis
Dans les premières pages, nous découvrons le quotidien d’Apolline, jeune femme qui fait face au machisme quotidien depuis les insultes dans la rue jusqu’au harcèlement dans les transports en commun, en passant par les injustices au travail et la pression familiale. Certaines chroniques ont critiqué cette entrée en matière en la qualifiant de « caricature ». Je ne suis pas d’accord ! On retrouve là très bien illustré le vécu de nombreuses femmes. « Tout de même, pas tout ça dans la même journée ! » allez-vous rétorquer, en optimistes (ou naïfs) que vous êtes. Eh bien, détrompez-vous. Se faire aborder dans le métro puis se faire suivre dans la rue, alors qu’on va au travail ; arriver au bureau où l’on est payée en moyenne un tiers de moins que ses collègues masculins (à expérience, responsabilité et poste équivalents) et se prendre une remarque sur son maquillage raté ou sur une jupe « trop longue », enchaîner par un week-end en famille au cours duquel les parents se demandent pourquoi donc on n’a pas d’enfant à notre âge… ce n’est pas de la science-fiction ! Et comme le vit Apolline, j’ai eu moi aussi des envies de hurler à la face du monde entier que ça suffisait, hein ! Un chroniqueur a taxé la réaction énervée d’Apolline de « féminisme réac’ », ce que je ne comprends pas : refuser de se laisser traiter en potiche relèverait d’un « féminisme réac’ » ? Allons donc. Voilà une remarque qui dénote d’un sérieux manque d’empathie ou d’un sens de l’observation tronqué.
L’histoire continue avec la partie proche du documentaire (docu-fiction, plutôt, puisqu’Apolline n’est pas un personnage réel) : la découverte des Femen, le premier contact puis l’engagement d’Apolline, son entraînement, ses premières actions… et surtout les réactions de son entourage. Là, je suis tombée des nues. Grande naïve que je suis ! Je pensais que dans notre démocratie porteuse des Lumières, patrie naissance des droits de l’Homme et d’Olympe de Gouges, une femme pouvait s’engager dans le mouvement qu’elle souhaite. Je découvre dans les pages de la BD ce que Michel Dufranne nous a évoqué : les SMS et les appels d’insulte, les menaces… Pourquoi une telle haine ? J’éprouve la même tristesse surprise que lors des manifestations « anti mariage pour tous » : pourquoi se battre avec une telle virulence CONTRE l’égalité des droits ?

 

Journal d'une Femen, Dufranne et Lefebvre

L’intrigue évite les clichés : on peut être une battante sans être homosexuelle ni anti homme, et que l’on soit homme ou femme, ce qui est compte est bien de considérer l’autre en tant qu’être humain à part entière, et de militer pour que tous ayons les mêmes droits et les mêmes devoirs. D’autres chroniqueurs ont réagi vivement en disant que le propos est exagéré, et que les droits de la femme en France sont loin d’être bafoués comme ils le sont en Ukraine, pays de naissance du mouvement. Bien sûr, nous avons la chance de vivre dans un pays régi par une constitution à peu près démocratique ; toutefois, est-ce une raison pour accepter une « égalité à peu près » ? Est-il normal en 2015 que la violence domestique continue à tuer une femme tous les trois jours ? N’oublions pas que le fait que la constitution et l’appareil législatif accordent les mêmes droits à (presque) tous les citoyens vivant sur le sol français est tout à fait récent : que représentent quelques décennies au regard de millénaires d’inégalité ? D’ailleurs, les mesures extrêmes prises notamment en Grèce ont renvoyé bien des femmes au foyer en les privant d’emploi et en interdisant aux femmes sans emploi de placer leurs enfants en crèche ou en école maternelle.
Enfin, à la sortie de la BD, le dessin façon « BD girly » m’avait interpellée : pourquoi un tel choix si « léger » pour un sujet aussi engagé ? Et puis, en réfléchissant à tout ce que j’ai entendu lors de la rencontre du 29 mai et en découvrant la BD, je me suis dit que c’était effectivement le meilleur choix. Le trait vif, dynamique, et les couleurs pop rendent le tout jeune, moderne, et inscrivent l’histoire d’Apolline dans son temps. J’aurais aimé écouter Séverine Lefebvre raconter « sa » version de ce journal.


Pour conclure : un gros coup de cœur, non seulement parce que, que l’on « pour » ou « contre » l’activisme à la manière des Femen, cela nous oblige à nous interroger sur nos propres convictions, mais aussi parce que, que nous en soyons conscientes ou pas, nous sommes nombreuses à « être Apolline ». Pas simple d’être objective, bien sûr, puisque j’ai en tête les explications et les anecdotes partagées par Michel Dufranne. Comme vous l’avez compris, j’ai parcouru d’autres chroniques pour tenter de prendre du recul… mais je ne pense pas avoir réussi, les thèmes abordés me tiennent trop à cœur. Donc… à vous de vous faire votre avis !

Pour aller plus loin
Interview de Michel Dufranne sur la genèse du projet, et extraits des planches
http://www.actuabd.com/Michel-Dufranne-Les-Femen-ont-de
(Si vous en trouvez une de Séverine Lefebvre, je suis intéressée !)
Sur l’action des Femen lors du 1er mai :
http://www.francetvinfo.fr/politique/front-national/video-trois-femen-interrompent-pendant-plusieurs-minutes-le-discours-de-marine-le-pen_892063.html
http://www.francetvinfo.fr/politique/front-national/les-femen-perturbent-le-discours-de-marine-le-pen-une-militante-raconte-les-coulisses-de-l-action_892141.html
Interview collective de Femen : magazine Causette n°33, mars 2013

Avis d'autres chroniqueurs
http://commedansunlivre.fr/tag/severine-lefebvre/
http://smellslikerock.net/2014/11/journal-dune-femen-de-michel-dufranne-et-severine-lefebvre/
http://www.planetebd.com/bd/le-lombard/journal-d-une-femen/-/24366.html
http://www.auracan.com/albums/2034-journal-d-une-femen-par-michel-dufranne-severine-lefebvre.html

Informations complémentaires
Journal d’une Femen, de Michel Dufranne (scénario) et Séverine Lefebvre (dessin)
Éditions Le Lombard Distribution : MDS
Genres : Autre regard, Documentaire / Biographie
Public : Ado-adulte - à partir de 16 ans
Format : 20,2 x 26,8 cm
16,45 €

 

Personnaly © 2014 -  Hébergé par Overblog