Les Fantômes d'octobre, d'Ahmed Kalouaz

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Ce 17 octobre 2014, cinquante-trois ans ont passé depuis que des hommes, des femmes et des enfants, ayant fui l’Algérie pour échapper à la guerre et s’étant réfugiés sur le sol de la métropole, ont décidé de manifester contre le couvre-feu au faciès décidé par la préfecture de Paris, alors dirigée par Maurice Papon. À mon époque pas du tout évoquée dans les manuels scolaires, cette journée a un roman.

 

Le mot de l’éditeur

Ce roman nous plonge dans les événements du 17 octobre 1961. Lors d’une manifestation non-violente organisée à l’appel de la Fédération de France du FLN pour protester contre un couvre-feu discriminatoire et réclamer l’indépendance de l’Algérie, des dizaines de centaines d’Algériens ont été assassinés à Paris par des fonctionnaires de police aux ordres de leurs supérieurs sous l’autorité du préfet de Police de l’époque, Maurice Papon. Au travers de l’histoire d’une famille algérienne, nous découvrons la vérité sur cette terrible journée…

Les Fantômes d'octobre, d'Ahmed Kalouaz

Mon avis

J’ai lu d’une traite ce court récit, mercredi soir. Peut-être est-ce dû à la proximité de la date, peut-être les chapitres courts ont-ils aidé. Peut-être aussi Ahmed Kalouad a-t-il un talent de conteur qui fait qu’on ne peut pas lâcher son histoire – ce serait comme partir au beau milieu d’une pièce ou d’un film.

Afin de raconter cette période terrible de l’Histoire qu’est la guerre d’Algérie (« les événements » ou « la guerre d’indépendance », selon qui la présentait à l’époque), que cette famille a vécue depuis les deux pays, l’auteur a choisi de prendre le point d’un vue d’un jeune garçon : le père du narrateur, alors enfant. Ce choix narratif permet de s’en tenir aux faits, sans vernis politique ni polémique idéologique. Les personnages sont animés de la volonté de vivre dignement, d’échapper à la guerre et à la faim, de travailler pour offrir à leurs enfants un avenir meilleur que la vie qu’ils ont eux-mêmes subie. Parfois, la destinée de cette famille est de croiser des personnes qui lui viennent en aide ; d’autres fois, non. On évite le manichéisme : les qualités comme les vices ne sont pas l’apanage d’une culture ou d’une religion. Par petites touches, l’auteur évoque cette révolution mentale qu’est l’exil, la perte de repères et la confrontation de nos rêves avec la réalité sale de bidonvilles où sévissent des bandes armées.

L’explosion de violence de la dernière partie, celle qui raconte le massacre du 17 octobre 1961 et les violences des jours suivants, est effrayante à plus d’un titre. Tout d’abord, parce qu’elle a été vécue comme orchestrée par la préfecture – et donc l’État. Et qu’est donc un État qui planifie de tuer les citoyens qui vivent sur son sol ? Quelques années à peine après de la Seconde Guerre mondiale – tellement près que le préfet de Paris était Maurice Papon, lequel aurait dû croupir en prison pour avoir pris part aux rafles inqualifiables du régime de Vichy mais que le général de Gaulle avait plutôt gardé en poste – et tandis que Paris bruissait des belles paroles des intellectuels dits engagés… Ensuite, parce que je soupçonne qu’une telle haine dirigée envers une partie de la population pourrait passer tout autant inaperçue des citoyens non physiquement concernés. D’ailleurs, à bien y réfléchir…

Les dernières pages comportent une interview de Didier Daeninckx qui évoque la période 1957-1961 en la situant dans son contexte historique. Suit le témoignage, glaçant, d’un gardien de la paix ayant participé à ces journées effroyables, et qui a tué, dans une folie raciste et meurtrière justifiée par les ordres de la hiérarchie.

Un roman saisissant et nécessaire.

Informations complémentaires

Les Fantômes d’octobre – 17 octobre 1961, d’Ahmed Kalouaz http://fr.wikipedia.org/wiki/Ahmed_Kalouaz

Oskar éditeur – collection Histoire & Société

Distribution : Belin

9782350007823 – 128 p.

9,95 €

Octobre 2011

Escrocgriffe 17/10/2014 13:57

C’est bien qu’il y ait un roman sur cet horrible événement, en France nous avons une « Histoire qui ne passe pas », pour reprendre l’expression consacrée par les historiens.

A l'ombre des nénuphars 24/10/2014 11:02

C'est partout pareil : la mémoire collective est tout aussi sélective que la mémoire individuelle. Le rôle des historiens devrait entre autres être d'empêcher cette "sélection", et le travail des artistes (auteurs et autres) est précieux pour justement mettre en lumière ce qui est "oublié".

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