Fortune cookies, de Silène Edgar

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Certains se plaignent que le monde ne va pas comme ils voudraient.

Certains agissent.

Et les autres restent silencieux, car, même s'ils rêveraient d'avoir plus, ou mieux, ils ont trop peur du changement.

Et vous, dans quelle catégorie vous trouvez-vous ?

 

Le mot de l'éditeur

Bretagne, demain :

Une coupure d’électricité plonge la petite vie de Blanche et Hadrien dans le noir, ainsi que toute l’Europe. Un mystérieux appel résonne sur les ondes : le gouvernement cache qu’il se passe quelque chose au Sud… la guerre ? Leur fille est loin, en vacances au-delà des Pyrénées. Hadrien décide de partir immédiatement à sa recherche, mais Blanche a peur.

Paris, après-demain :

État d’urgence, peuple bâillonné. Blanche est devenue Bianca, résistante. Les opposants à la dictature médiatique utilisent les réseaux de consommation pour faire passer leurs messages, sur les barquettes de poulet, les barils de lessive ou dans les fortune cookies, mais, bientôt, il faudra aller plus loin. Bianca trouve de la force entre les bras de Joshua, et jamais elle ne parle ni d’Hadrien, ni d’Élisabeth.

Quelque chose a basculé sur la route.

 

 

 

Fortune cookies, de Silène Edgar

Mon avis

De Silène Edgar, j'avais aimé la trilogie jeunesse Moana, dans laquelle l'auteure abordait déjà les thèmes du choix personnel de l'action face à l'injustice. On y devinait déjà que Silène Edgar est plutôt du genre à prendre son bâton de pèlerin pour diffuser la bonne parole et éventuellement en profiter pour cogner un peu les bourreaux.

Contrairement à Moana, Fortune cookies n'est pas un roman de science-fiction, mais plutôt de politique-fiction : il existe en France en 2014 un corpus de lois censées protéger les citoyens, mais qui peuvent aisément se retourner contre eux en faveur de l'exécutif. Ainsi, en ces temps où toutes nos sources d'information sont numériques, il serait si simple de tout contrôler…

J'ai lu Fortune cookies il y a un mois désormais, mais il me fallait au moins ce laps de temps, et d'autres lectures, pour prendre du recul. Ce texte a été plusieurs fois comparé à un coup de poing dans l'âme par les lecteurs. Pour moi, cela ressemble davantage à un séisme : quelque chose qui vous remue les tripes, sans que ce soit vraiment une surprise, parce qu'au fond, vous savez que cela vous pend au nez…

La narration oscille entre la vie de Blanche et celle de Bianca : Blanche est une maman rangée qui a construit une bulle autour de sa fille et d'elle, et qui cherche tant à protéger la petite Élisabeth qu'elle en oublie de regarder le monde. Il faut que celui-ci s'embrase pour que Blanche rouvre les yeux. Trop tard ? Le récit est alors à la troisième personne, la narration est détachée du personnage principal. Quelques mois plus tard, Bianca est celle qui a ouvert les yeux. Elle lutte de toute son énergie contre un régime dictatorial qui ne s'avoue pas. Pas d'enfant, pas de mari. Elle parle à la première personne : la narration et le personnage se confondent, Bianca s'est retrouvée, sans forcément avoir fait la paix avec elle-même. En ayant ainsi tressé les deux époques, séparées par quelques mois que l'on devine cruciaux, l'auteure a créé une tension dramatique incroyable. On veut savoir comment va se dérouler ce road-trip désespéré de deux parents poussés par l'inquiétude pour leur enfant, lorsque l'on suit Blanche et Hadrien ; on tremble à chaque sortie des résistants lorsque Bianca raconte son quotidien. Surtout, on veut comprendre comment Blanche est devenue Bianca.

Au-delà de l'intrigue haletante, ce qui marque le lecteur est le thème principal, à savoir le choix, et la responsabilité de chacun à assumer toutes les conséquences de ses actes – ou de ses non-actes.

J'ai été ébranlée par la lecture de ce roman, car il m'a rappelé une de mes peurs fondamentales, celle du basculement brutal de notre société dans la violence ultime, que ce soit celle des armes ou celle des lois qui oublieraient l'humain. Les réactions des politiques lors des émeutes de 2005 m'avaient davantage effrayée que les incendies de poubelles : l'état d'urgence alors mis en place dans certains quartiers difficiles (d'où l’État s'est retiré en abandonnant toute responsabilité) préfigurait la possibilité d'un état d'urgence à l'échelle nationale… et l'apathie générale, voire l'acceptation de cet état de fait par la majeure partie de la population m'avait vraiment révoltée. Sans que je ne sois sûre, si venait « le grand jour », d'avoir la force et le courage de résister. Ferais-je partie de ceux qui luttent et risquent littéralement leur vie et celle de leurs proches, ou de ceux qui courbent l'échine sous prétexte qu'il est plus « utile » de rester en vie ?

De cette « terreur politique », j'avais fait une petite nouvelle. Silène Edgar, elle, en a fait un grand roman.

 

À lire accompagné de…

… tous les titres cités dans le roman

De Silène Edgar :

Féélure, collection Snark, éditions Bragelonne (adulte)

Les Moelleuses au chocolat, éditions du Jasmin (adulte... spicy !)

Trilogie Moana : La Saveur des figues, Le Bateau vagabond et A la source des nuages, aux éditions du Jasmin (jeunesse, mais bon pour tous les âges)

 

Informations complémentaires

Fortune cookies, de Silène Edgar http://augredemeshumeurs.blogspot.fr/

Collection Snark, éditions Bragelonne http://www.bragelonne.fr/livres/View/fortune-cookies

Photo : © Jean Deslandes

Date de parution : 22/01/2014

ISBN : 9782820513892

Prix : 4.99 €

Nombre de pages : 133

Format : Numérique

Escrocgriffe 17/10/2014 13:49

Content que tu aies aimé ce roman qui fait froid dans le dos...

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