Le Fil des souvenirs, de Victoria Hislop
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Mon avis
À travers l’histoire de Dimitris et Katerina, on découvre les quartiers populaires de Thessalonique, depuis le début du XXe siècle sous l’empire ottoman jusqu’à nos jours en Grèce, en passant par les guerres balkaniques (le prolongement de la Première Guerre mondiale), la dictature de Metaxas, la Seconde Guerre mondiale, la guerre civile puis la guerre froide… on est loin des paysages de carte postale auxquels on associe la Grèce ! Bien plus documenté et largement plus vivant que bien des cours d’histoire, ce roman m’a fait découvrir tout un pan de l’histoire méditerranéenne que j’ignorais, notamment en ce qui concerne la campagne militaire menée par Eleftherios Venizelos en Asie Mineure (qui allait devenir la Turquie).
Comme dans L’Île des oubliés, Victoria Hislop utilise l’histoire d’une famille pour plonger dans l’histoire de la Grèce contemporaine et nous en faire découvrir les pans les plus sombres, à travers des personnages attachants, très vrais, et qui n’hésitent pas à se battre, tout en gardant espoir. On est loin des personnages lâches et mesquins qu’on peut avoir dans d’autres romans ! (Je pense à La Liste de mes envies, non chroniqué sur mon blog, mais que je n’ai pas aimé du tout.) On se prend d’affection pour la petite Katerina qui cherche sa maman avec ses deux amies les jumelles, à travers les rues encombrées de réfugiés de Thessalonique ; on est ému par les lettres que la mère et la fille s’écrivent alors qu’elles n’ont pas l’adresse de leur destinataire (l’une est réfugiée à Athènes, l’autre à Thessalonique), mais qui gardent l’espoir qu’un jour, peut-être… On est effaré par le cynisme de certains hommes d’affaires – mais est-ce une surprise ? – et par leur aveuglement face aux atrocités perpétrées entre autres par le régime nazi et par les différentes dictatures grecques. On est admiratif devant le courage des jeunes qui n’ont pas hésité à prendre les armes. Et on pleure lorsque la communauté juive de toute la ville de Thessalonique suit son rabbin dans le ghetto puis dans les trains en partance vers la Pologne « où on leur a trouvé du travail ».
Quand on referme le livre, dont l’histoire se déroule en 2007, juste avant que le pays sombre dans la crise économique, on ne peut s’empêcher de penser à la violence économique que vivent les Grecs depuis.
Si vous y partez en vacances, prenez ce roman avec vous : il vous aidera à comprendre vos hôtes.
À lire/voir/écouter aussi
Roman : L’Île des oubliés, de Victoria Hislop (Livre de Poche)
BD : Rébétiko, de David Prudhomme (Futuropolis)
Film : Πολιτική κουζίνα (A touch of spice ou Un ciel épicé) (2003)
Musique : la musique de A touch of spice, par Evanthia Reboutsika