Tangram, de Nathalie Dau

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Un roman court, six nouvelles, un ange aux ailes tachées de sang et du bleu, du bleu… Et si vous plongiez à la découverte de la plume exceptionnelle de Nathalie Dau ?

Le mot de l’éditeur

Un roman court et six nouvelles se nichent entre ces pages. La hantise et l’étrange y côtoient la manipulation et la cruauté, mais aussi des amours transcendant la souffrance, la distance et le temps. Revisitant parfois les classiques (mythes grecs, légende arthurienne, genèse, chants de Noël), ce recueil mi-ange mi-démon vous invite à reconstituer le puzzle de sept pièces qu’on appelle TANGRAM...

Mon avis

J’étais curieuse de découvrir Bleu Puzzle, le tout premier roman de Nathalie Dau, et même si j’avais lu certains de ces textes lors de leur première parution (comme « Dans trois jours nous nous retrouverons » ou « Un ange est venu ce soir »), la construction du recueil en sept pièces (le nombre n’est pas anodin) m’a permis d’envisager ces nouvelles sous un autre éclairage.

BLEU PUZZLE deluxe

« Tout avait commencé par un jeu de miroirs. Ou plutôt par un désir farouche d’exister enfin, vraiment, d’être reconnue et, certainement, aimée. Un rêve d’adolescente de quinze ans. »

Noëlle ne se reconnaît pas dans ce reflet étranger, ou plutôt y retrouve sa véritable identité, et cherche à quitter ce corps qui l’emprisonne. Les autres pièces de cette âme déchirée cherchent à se retrouver, à s’unir, en cette quête éternelle d’identité. On retrouve ici nombre de thèmes chers à Nathalie Dau, qu’elle expose dans l’introduction à ce court roman construit avec brio, jusqu’à la révélation finale, qui m’a bouleversée – la disparition de l’un au profit du tout. On y parcourt plusieurs univers, et on y découvre que, quels que soient le lieu ou l’époque, les grandes interrogations des êtres pensants restent les mêmes : la recherche de sens et de soulagement, la quête d’identité, la volonté de mémoire.

TERRA AMATA

« L’ombre planait entre deux étendues sanglantes : la terre, que les cadavres d’éléphants maculaient de leurs fluides vitaux, et le ciel crépusculaire, où les sagaies du Chasseur de la Nuit avaient percé le flanc de la Jument de Feu. »

Deux lignes suffisent à l’auteure pour nous plonger au cœur de la préhistoire (le paléolithique ?), tout comme deux heures lui avaient suffi, encore étudiante, pour poser le premier jet de cette très belle nouvelle, riche en références, qui revisite les textes bibliques et talmudiques.

ENTRE CHIEN ET LOUP

Une histoire de loups, de chiens errants, et d’humains pris dans leurs peurs. Très documenté, ce texte m’a appris énormément sur les rapports entre l’homme et le loup, et la montée en puissance du phénomène des chiens errants. Je le relirai à tête reposée, car j’ai y appris tant de choses que j’ai mis l’intrigue de côté et me suis attachée à cet aspect « documentaire ».

Tangram, de Nathalie Dau

UN ANGE EST VENU CE SOIR

Une petite fille le soir de Noël découvre qui dépose les paquets sous le sapin… et parmi ces « cadeaux », l’un d’eux va lui empoisonner l’âme et le corps jusqu’à un autre Noël, bien plus tard. Un texte à la fois très dur dans sa première partie, et très doux dans la deuxième : où l’on réfléchit sur la résilience. L’illustration de couverture en est inspirée.

À COUTEAU

L’histoire d’Apollon et Marsyas, revisitée façon fils de l’employeur/saisonnier ; une histoire terrible, terrifiante, qui montre comment la passion peut se transformer en horreur – comment ce qu’on pensait être amour peut devenir manipulation et abus de pouvoir cauchemardesque. Un texte là aussi très fort – et je ne peux m’empêcher de revoir en pensée l’image de Marsyas écorché.

« DANS TROIS JOURS NOUS NOUS RETROUVERONS »

Une petite fille perd sa maman, son papa noie son chagrin dans l’alcool, et sa gouvernante en profite pour prendre le pouvoir sur la maisonnée en général – et sur l’orpheline en particulier, par la terreur et la violence. Un conte horrifique terrible, introduit par un texte qui, tout autant que la nouvelle, m’a bouleversée.

OWEIN

Luned est Juliette, qui travaille dans un foyer d’accueil ; mais elle est surtout Luned, qui cherche Owein et qui entend les corbeaux messagers… un morceau de mythologie celte transposé à notre époque et dans notre monde, un texte-passerelle où les frontières, comme la mémoire, se sont effacées.

« Combien de fois encore oublieras-tu ce que tu es ? chuchota Owein. — Autant que de femmes opprimées, niées en tant que telles. Autant que d’outrages subis par le flanc de la Terre. Autant qu’il le faudra pour que les hommes se souviennent. (…) »

Conclusion

On ne se lance pas tête baissée dans la lecture des textes de Nathalie Dau. Sa plume touche à chaque fois, pointe d’une épée qui va immanquablement gratter des peurs enfouies ou rouvrir de vieilles blessures. Avec finesse, adresse, justesse. Parmi les thèmes récurrents : la manipulation, l’abus de pouvoir et ses conséquences sur la victime ; la mémoire ; la couleur bleue. Il ne s’agit pas là de lecture de vacances, « de plage » : ce sont des œuvres littéraires puissantes, ciselées, où le moindre mot compte, pesé avec soin par l’auteure, qui égratignent le vernis sous lequel se cache l’âme. En témoignent les introductions que l’auteure a pris soin d’ajouter avant chaque texte, et qui permettent de comprendre les circonstances d’écriture et de publication.

Un recueil bouleversant.

À lire aussi (entre autres)

Contes myalgiques I et Contes myalgiques II, éditions Griffe d’encre

Les Débris du chaudron, éditions Argemmios

Informations complémentaires

Tangram de Nathalie Dau, éditions Rivière blanche (commandes directes à l’éditeur) http://www.riviereblanche.com/

ISBN-13: 978-1-61227-190-3

212 pages

Préface d'Ayerdahl

Illustration : Mathieu COUDRAY http://www.mathieucoudray.com/

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