Interview : Maëlig Duval, auteure

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Comme vous l’avez lu dans ma chronique d’il y a quelques semaines, j’ai eu un coup de cœur pour Le Goût des cendres de Maëlig Duval. Ce n’est pas le premier texte que je lis d’elle, et, que ce soit dans ses nouvelles ou ses romans, j’apprécie ses univers sombres et durs où la lumière poétique perce toujours. À l’occasion donc de la sortie aux éditions du Riez de son roman Le Goût des cendres, Maëlig Duval se prête gentiment au jeu de l’interview.

Question : Tu publies depuis plusieurs années, tu écris donc depuis au moins autant de temps... Comment es-tu arrivée à l’écriture ?

Réponse : Au commencement, le crayon était inerte et stérile, et la feuille blanche comme les ténèbres ;

Le souffle de mon imagination planait au bout de mes doigts, et ma main prit le crayon.

Et elle traça des lettres.

Je vis que les lettres étaient bonnes.

Je liai les lettres en mots.

Il y eut une phrase, il y eut un paragraphe : première histoire.

Interview : Maëlig Duval, auteure

Question : [Sort de sa transe mystique] Tu as esquivé l’exercice de la présentation, mais avec ce petit poème, tu te rattrapes très bien ! Penchons-nous, comme dirait un professeur de français, sur Le Goût des cendres. L’ambiance de ce roman fait penser aux heures noires de la Révolution française, et les mécanismes politiques, financiers, militaires et autres tactiques utilisées par Saint-Rosse pour asseoir son pouvoir sont dignes de politiciens sans scrupules actuels. Quelles ont été tes sources de documentation ?

Réponse : Les rayons « Histoire » des bibliothèques, comme on peut s’en douter, ont été une grande source d’information et d’inspiration. Également plusieurs discours de chefs d’État passés et présents, tyrans ou non, de préférence enregistrés (pour avoir les intonations, l’ambiance sonore de l’événement), parfois filmés. Bizarrement, pas beaucoup la révolution de 1789, même si je garde sans doute de cette période quelques notions scolaires, et que celles-ci – comme tout ce que je peux avoir en tête par ailleurs – sont susceptibles de nourrir mon imaginaire et d’influencer mes histoires.

Question : Outre la richesse de l’environnement politique et culturel du roman, on remarque une galerie de personnages très « denses », qui semblent tous plus « vrais » les uns que les autres. Comment l’univers et les personnages sont-ils nés ?

Réponse : Les prémices de l’univers de Ravagne ont été esquissées il y a très longtemps dans un court récit retraçant la rencontre des parents de Constance, la vieille pérégrine. La nouvelle racontait l’amour naissant entre une fillette sourde et un (très) jeune mais talentueux claveciniste dont on avait coupé la langue, et comment ils s’enfuirent de l’affreux institut qui leur menait la vie fort triste. Puis, c’est la perle (dès le chapitre III, vous saurez de quoi il s’agit) qui a été mise à jour dans une autre nouvelle, restée inachevée pour diverses raisons. Enfin, l’épisode évoqué dans le roman de la rencontre entre Sievert Trotto et le fils de Saint-Rosse (je n’en dis pas plus pour éviter de « spoiler ») fut la troisième nouvelle à poser les bases de ce monde avant même que l’ébauche d’un projet de roman ne me soit venue à l’esprit. L’univers me plaisait, j’avais envie de l’explorer davantage. Aldire – l’héroïne de cette histoire – y fut sans doute ma guide ; elle me dévoilait les codes de lois de sa circonscription d’origine – qu’elle connaissait fort bien, de par sa naissance et ses fiançailles – et nous découvrions ensemble les douceurs et les aigreurs de la ville de Chaconne.

Question : Justement, parle-nous d’Aldire. Elle est très jeune – 16 ans à peine ! –, mais a un sens de l’observation aigu et, surtout, des connaissances en droit ahurissantes ! Comment Aldire est-elle entrée dans ta vie ? T’es-tu inspirée d’un personnage existant ?

Réponse : J’avoue ne pas me rappeler comment Aldire a, la toute première fois, surgi de cet univers pour entrer dans ma vie – par hasard, sans doute. C’est dommage parce que maintenant que tu poses cette question, ça me turlupine, mais, vraiment, je ne parviens pas à me souvenir. Ce que je sais – étrangement peut-être, vu ma mémoire défaillante – c’est qu’à sa création je ne me suis inspirée d’aucun personnage existant (en tout cas pas d’une manière consciente et volontaire). À toi, elle fait penser à un autre personnage en particulier ? Réponse à la réponse : Non, Aldire est unique !

Interview : Maëlig Duval, auteure

Question : Le Goût des cendres se déroule dans une période au cours de laquelle la Raison (toujours avec majuscule) protège les hommes de la superstition et des anciennes croyances, et pourtant certains cultes persistent… On retrouve ici une thématique centrale de L’Après-dieux (éditions Griffe d'encre), c’est-à-dire la reconstruction et la réorganisation d’une société qui s’est coupée brutalement de sa religion, avec toutefois l’importance de « réminiscences » de cette religion et de ses divinités. L’importance sociale et politique de la religion est-elle un thème qui te tient à cœur ?

Réponse : Je crois que la reconstruction est un thème qui me tient à cœur. Comment tenir le coup, reprendre un cap, redessiner un présent, un avenir, mais aussi un passé quand les fondations (j’entends par là le système de croyances, religieuses ou non, qui permet aux membres d’une société donnée d’appréhender, d’expliquer, de donner du sens au monde – et donc de vivre dans ce monde) se sont écroulées et que l’étoile qui guidait s’est éteinte (ou que les constellations semblent avoir perdu leur forme). Ou bien, comme dans « L’aquarium de Jules » (in Contes du monde, éditions du Riez), quand un proche décède. Il est sans doute difficile de créer une histoire sans mettre en place une rupture, à un moment ou à un autre.

Question : Dans Le Goût des cendres, comme dans tes autres œuvres (par exemple dans les nouvelles « L’aquarium de Jules » ou « A Bloody Melody » (éditions Neobook), l’art musical occupe une place importante en tant qu’élément de l’environnement, du décor. As-tu un projet dans lequel le héros serait un musicien ou un danseur ?

Réponse : Oui ! Un musicien en peine d’inspiration dans une Auray(1) alternative.

Question : As-tu en ce moment des projets ou des travaux d’écriture en cours ? Peut-être un roman en correction, ou des textes en soumission chez des éditeurs, dont tu voudrais dire un mot ?

Réponse : Outre le musicien dont je parlais plus haut et qui mijote encore, j’ai en effet plusieurs projets en passe d’être cuits à point, voire bons à manger : un court roman de science-fiction rigolote, à paraître dès que l’Univers aura correctement aligné ses planètes ; une histoire contemporaine sombre et violente, teintée de fantastique, qui peut s’apparenter à une plongée en enfer où le corps meurtri, l’esprit ravagé et la société aveugle sont autant de tentacules qui appuient sur la tête de mon héroïne et la maintiennent dans une réalité odieuse et dévorante devenue pour elle la seule vérité ; et puis, retour à une fantasy plus légère – et qui ressemble peut-être davantage à L’Après-Dieux – avec le récit d’une quête impossible dans un univers décalé.

Merci beaucoup pour ces réponses ! Et tous mes vœux de succès à Aldire et au Goût des cendres !

Merci à toi pour ces questions et le bonjour à Gertrude !

 

(1) Ville du Morbihan

 

Pour aller plus loin

Site de Maëlig Duval http://www.maeligduval.com/

Site des éditions du Riez http://www.editionsduriez.fr/products-page/recents/le-gout-des-cendres/

Chroniques liées :

Le Goût des cendres http://alombredesnenuphars.over-blog.com/2014/04/le-gout-des-cendres-de-maelig-duval.html

L'Après-Dieux http://pegasemecanique.wordpress.com/2012/09/27/sortie-lapres-dieux/

Escrocgriffe 10/05/2014 23:45

Un entretien très intéressant, merci à toutes les deux !

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