Interview : Paola Grieco, éditions Gulf Stream

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Après les interviews de libraires, le blog initie une série d’interviews auprès de professionnels de l’édition. Aujourd’hui, c’est Paola Grieco, directrice éditoriale des éditions Gulf Stream, qui a gentiment accepté de se prêter au jeu du questionnaire « métier ».

 

Bonjour ! Et merci beaucoup d’accepter de répondre à ces questions. Nous allons tout d’abord évoquer votre parcours, puis votre poste actuel, et enfin les perspectives et enjeux du secteur de l’édition.

Question : Quel a été votre parcours (vos études, les grandes étapes de votre vie professionnelle) jusqu’à ce jour ?

Réponse : J’ai obtenu ma maîtrise d’histoire ancienne en 2001, avant d’enseigner pendant quatre ans l’histoire-géographie au collège. Puis j’ai eu envie d’autre chose : j’ai repris mes études à Angers, avec le master II Édition, où je me suis inscrite en 2006. Pour valider le master II, il fallait un stage que j’ai fait chez Gulf Stream… où je suis restée.

Je suis arrivée comme stagiaire 6 mois, j’étais très autonome, c’est une excellente formation ! Il y a eu alors des mouvements de personnel, la directrice partait et m’a chaudement recommandée auprès du P-DG. Quand j’ai fini mon stage, on m’a proposé de devenir responsable d’édition puis directrice éditoriale.

(…)

 

Question : Apparemment, l’édition n’était donc pas le domaine dont vous rêviez dès le départ…

Réponse : Je voulais être archéologue ! Il y a un fil rouge dans mon parcours : j’ai toujours été passionnée d’histoire, j’ai toujours beaucoup lu et ce qui me passionnait dans l’enseignement était de transmettre, de faire analyser tableaux, images, etc. Je regardais les manuels avec beaucoup d’attention. Actuellement, je m’intéresse aux supports pédagogiques : tout en m’adressant au même public, il s’agit toujours de transmission du savoir aux jeunes, dans un aspect ludique et varié. Quand je suis arrivée en 2007, j’ai développé le côté historique des collections.

 

Question : Parlons à présent plus en détail de votre poste actuel. En tant que directrice éditoriale, quelles sont les missions que vous devez accomplir ?

Réponse : Mon travail consiste à définir et développer la ligne éditoriale, ce qui va donner l’image de la maison ; je bâtis le plan de production, sur 2 ou 3 ans (là, je démarre celui de 2016 !) avec différents axes (documentaire / fiction / album) ; je suis en contact avec les auteurs et les illustrateurs : il s’agit d’assurer la mise en place et la cohérence de la production.

Le plan de production est soumis pour validation à ma direction, mais je suis très présente en aval. Depuis le début on me fait vraiment confiance.

Il y a également le travail éditorial (l’équipe est restreinte !), tout le travail sur les textes ; je suis en lien avec la direction artistique pour la création des couvertures.

(…)

Sur les illustrations internes, je m’en charge en faisant le suivi avec les illustrateurs.

Pour la correction orthographique et typographique, on travaille avec un ancien assistant d’édition désormais externe. Pour résumer : c’est moi qui travaille sur la partie liée à l’objectif éditorial ; la correction est confiée à un œil « frais ».

Il y a enfin la partie commerciale : je mets en place les budgets pour le volet éditorial (à-valoir auteurs et illustrateurs, prestations de correction et de direction artistique, fabrication, réimpressions), je prévois les coûts pour deux ans avec un prévisionnel sur Excel ; enfin, je réalise les fiches argumentaires et le matériel de promotion destiné à Volumen. Dans ce cadre, je participe aux réunions commerciales pour présenter les ouvrages aux représentants.

Pour conclure, il y a trois volets : planification / éditorial / commercial.

 

Question : Quelles sont les compétences et les connaissances nécessaires à ce poste ? Existe-t-il une formation obligatoire ou fortement recommandée pour exercer ce métier ?

Réponse : on requiert bien sûr une certaine culture générale ; les parcours pas forcément linéaires sont intéressants : avoir eu un parcours en lettres ou sciences humaines puis se spécialiser en master Édition permet d’arriver avec un bagage généraliste qui est demandé.

Les cursus type BTS ou licence pro édition sont très bien, car l’étudiant est tout de suite efficace ; toutefois, la vision du métier est restreinte. L’idéal est de pouvoir faire un combiné des deux.

(…)

 

Question : Qu’aimez-vous le plus dans votre métier, qu’est-ce qui vous satisfait le plus ?

Réponse : La transmission est l’objectif suprême de l’édition jeunesse : éveiller une curiosité, créer des échanges, transmettre. C’est pour cette raison que depuis 2009, j’ai créé un comité de lecture uniquement constitué de plus de 80 adolescents âgés de 11 à 17 ans. Je leur envoie des manuscrits qui m’intéressent ; avec leur regard critique, ils remplissent une fiche d’une vingtaine de questions. Ça a commencé avec les stagiaires de collège qu’on accueille ; l’idée est vite venue de leur proposer de prolonger l’expérience de lecture de manuscrits après les stages. Vu l’engouement pour ce comité de lecture, il est désormais possible de s’inscrire au comité via le site de Gulf Stream ; les lecteurs viennent de toutes les régions de France.

Pour les remercier de leur travail, après trois lectures, je leur offre un livre. J’ai des championnes de lecture qui ont testé plein de bouquins ! Ça permet non seulement de tester les ouvrages, mais aussi de voir grandir les membres du comité dans leurs lectures. Par exemple, le premier stagiaire qu’on a eu étudie désormais en 1re année BTS édition. Ça prouve qu’il y a eu un déclic, et ça fait très plaisir.

Enfin, le comité permet de comprendre pourquoi un ouvrage plaît aux adolescents, mais pas aux adultes, ou, pour un livre qui plaît à tous, [quels sont] les différents critères qui plaisent aux uns et aux autres – ce ne sont pas toujours les mêmes.

 

Question : Quelles sont les principales contraintes à prendre en compte pour quelqu’un qui envisage d’entrer dans le métier ?

Réponse : Le temps ! Vous ne pouvez jamais mettre de terme au travail ; à partir du moment où vous êtes dans ce métier, où vous avez sans cesse des projets, vous recevez des manuscrits, vous ne pouvez jamais dire que la journée est terminée ! Il faut être d’une grande réactivité pour traiter les manuscrits qu’on reçoit afin de ne pas en laisser passer un que l’on veut vraiment, et réussir à se dégager du temps pour faire les lectures de manuscrits, ce que j’ai tendance à faire chez moi. Les gens qui ne travaillent pas dans le secteur du livre ne comprennent pas ça ! On n’est pas dans une optique « bureau », avec des horaires fixes et une « journée-type »… (…) Ce sont des métiers de passionnés.

Il y a une autre contrainte, liée à la taille de la structure : l’équipe est restreinte, mais les ambitions fortes, et nous sommes à une période charnière : on est au maximum de ce qu’on peut produire, mais on reste petit chez notre diffuseur. C’est un peu compliqué, car on a beaucoup à prouver (…).

 

A suivre, avec : une année type, des perspectives d'évolution, des exemples de partenariat, de l'édition numérique, et des conseils pour les personnes intéressées par l'édition.

Interview : Paola Grieco, éditions Gulf Stream

Escrocgriffe 18/04/2014 15:01

Article passionnant ! C’est marrant, j’ai enseigné également l’Histoire en collège/lycée, et pratiqué l’archéologie sur des chantiers de fouilles, on dirait que c’est un profil qui revient souvent chez les amateurs de littérature de l’imaginaire ;)

A l'ombre des nénuphars 21/04/2014 10:31

Héhé... cela semblerait ^^. Sans doute parce qu'il faut une belle dose d'imagination pour faire revivre le passé ?

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