Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 17:53

(Suite de l'interview de Pierre démarrée ici, ici et ici.)

 

http://www.futuropolis.fr/couv_G/790044.gifALON : Pour finir, parlons « coup de cœur »... Quel est l’auteur / le titre que tu garderas toujours en fonds de rayon ?
PL : Je ne pense pas qu’il y en ait. On ne peut pas rester figé. N’importe quel excellent roman peut « passer ». Certains reviennent, comme  1984 que j’ai lu il y a très longtemps ; il peut être encore promu aujourd’hui mais sera peut-être complètement has been un jour. Vouloir absolument conserver un titre dans son fonds est du passéisme et je n’aime pas : on prend la place d’un nouveau très bon roman qui correspond mieux à l’air du temps.

 

ALON : Alors, ton dernier coup de cœur ?
PL : C’est pour un auteur, Davodeau. J’ai pris beaucoup de plaisir sur Les ignorants : on est toujours ignorant de plein de choses. Chaque jour est là pour nous apprendre des tas de choses. C’est une BD gaie, optimiste, volontaire. Derrière la BD, on a un homme avec une grande richesse d’âme. Je l’ai entendu à la radio : il est sobre et positif, et surtout très humain.

 

http://officeimg.vo.msecnd.net/en-us/images/MB900427686.jpgALON : Veux-tu ajouter un conseil pour Gertrude, ou un dernier mot aux lecteurs du blog ?
PL : ... (Réflexion...) Je pense qu’on ne devient pas libraire, on naît libraire. C’est comme être artisan, artiste. On a quelque chose à faire germer : si quelqu’un veut absolument être libraire sans l’étincelle, ça ne marche pas. Avant d’aimer les livres, c’est aimer les gens. Un libraire ne lit plus pour soi, il lit pour les autres.

 

ALON : Merci beaucoup !
PL : Merci à toi !

 

 

ALON : Je ne pars pas tout de suite, je vais faire un tour au rayon BD...

 

PS : et là, j'ai acheté ça :

http://www.editions-jungle.com/media/article/s3/id209/image-60143.jpg

Par A l'ombre des nénuphars - Publié dans : Une vie de libraire
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 15:21

http://www.agirpourlaplanete.com/images/articles/coup-de-coeur/coupdecoeur-manga5.gifPrenez un vieux manga à la couverture souple,

tremplez-le dans l'eau,

mettez-le debout,

attachez-le avec des ficelles,

semez-y des graines de radis,

 

Et hop !

 

Ca y est, vous êtes un manga-farmer !

 

Le manga-farming, c'est par ici.

Par A l'ombre des nénuphars - Publié dans : Livres
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Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 17:47

(Suite de l'interview de Pierre, commencée ici et ici.)

 

http://www.mairie-bayeux.fr/typo3temp/pics/627441ffab.jpgALON : Parlons davantage « communication », « événementiel ». La librairie organise-t-elle des dédicaces ? Quelle est sa participation aux événements locaux (ou plus) ?
PL : On fait tout ! Patricia, son mari et Vincent sont déjà dans cette optique : toute idée neuve est bonne à tester. Le principal travail du libraire est d’abord d’avoir une belle offre et un bel accueil dans le magasin. Il ne faut pas dépenser toute son énergie dans un salon et abandonner le magasin ! Ce doit être un choix d’équipe, car ceux qui restent au magasin ont plus de travail.
Mais il est clair qu’il faut aller chercher les clients hors du magasin aujourd’hui.

 

ALON : Y a-t-il un impact sur le chiffre d’affaire ?
PL : Il faut essayer, tenter les nouvelles idées... mais on n’a pas le temps de « mesurer l’impact » ! Il faut être bon, avoir envie. On ne peut pas « calquer du marketing », la librairie doit rester vraie. OK, on fait du marketing quand on met des petits mots sur les livres mais rien de plus. Désolé, mais je fuis cet aspect « marketing », les stats. Peut-être en réaction à la banque, j’y suis resté trop longtemps...http://officeimg.vo.msecnd.net/en-us/images/MB900284001.gif
Il est évident que si on est à la librairie ET dans un salon, on vendra plus que si on est seulement à la librairie.
ALON : Mon ancien employeur estimait qu’on perdait au magasin les ventes que la personne sur le salon ne faisait pas ce jour-là à la librairie...
PL : Personne n’est indispensable ! Il faut avoir confiance en la capacité de ses collègues.

http://officeimg.vo.msecnd.net/en-us/images/MB900280996.jpgALON : Parlons nouvelles technologies ! Quel est ton regard sur la numérisation des textes en général et la lecture sur liseuse en particulier ?

PL : J’y réfléchis pas mal, je n’ai pas encore trouvé de réponse. Je reste ouvert au sujet. Je suis fâché avec les médias qui tentent par tous les moyens de promouvoir les e-readers, par exemple France Inter pendant les fêtes. Les médias oublient les inconvénients de la liseuse : le format des fichiers, comment on peut faire la location ou la vente des fichiers, la pérennité du stockage (où sont nos cassettes et nos disquettes 3,5 pouces ?). Il est clair que si on m’offre un I-Pad avec la possibilité de télécharger des livres, ça me plaira. La génération actuelle des gros lecteurs n’est pas prête à ça. Les générations futures seront forcément sur la lecture numérique. Il ne faut pas être figé, il faut suivre le monde. Mais il faut aussi communiquer sur l’intérêt du livre. La question est de savoir si les libraires pourront vendre des e-readers. Pour un jeune qui a appris à lire sur écran, qui est sur Internet, qui twitte et « facebooke » toute la journée, la tablette est la suite logique. Mais quid de la place du libraire ?
Je suis assez favorable au numérique pour les essais : ça permet des compléments vidéo, des références vers des sites, etc. Mais pour le roman, je suis pour le support papier.
ALON : Il existe aussi des romans interactifs, avec des liens vers des sites, des vidéos...
PL : Oui, mais combien ? Pour le roman, je suis dans l’expectative.

 

(A suivre...)

Par A l'ombre des nénuphars - Publié dans : Une vie de libraire
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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 17:41

(Suite de l'interview de Pierre démarrée ici.)

 

http://officeimg.vo.msecnd.net/en-us/images/MB900286448.jpgALON : Parlons davantage du travail du libraire... Les auteurs qui lisent le blog se demandent comment on achète ses livres quand on est libraire.
PL : Ici, on voit peu de représentants, mais ils font leur travail de prescription. Le choix du libraire de pousser ou pas un livre se fait sur la couverture ! Il faudrait donner à l’auteur le choix de la couverture et du titre : c’est 90% du choix d’achat par le client. Je me refuse à pousser un auteur « super médiatisé ». Je laisse la presse et les média le faire. Mon boulot est de trouver un premier roman. Le dernier exemple en date : Davodeau, j’ai craqué sur sa dernière BD –même si ce n’est pas du tout un novice.http://www.etiennedavodeau.com/imagesacc/expoIgnorantsDouarnenez.jpg

 

ALON : La prochaine question porte justement sur les critères de choix : qu’est-ce qui fait que tu n’achèteras jamais tel ou tel titre, ou qui te feront craquer sans réfléchir ?
PL : Je me refuse à la sinistrose, les ouvrages glauques, trash...
(Vincent, un autre des vendeurs, passe à ce moment.)
ALON : Heureusement que Vincent est là pour en vendre !
PL : Oui, je laisse ça aux ados pré-pubères ! Moi, je cherche les bouquins gais, sensibles. La production est plutôt triste, désabusée, résignée. Je cherche des livres qui nous sortent du quotidien, nous tirent vers le haut. Si ce n’est pas le cas, je ne pousse pas le livre : on est là pour donner des bouffées d’oxygène aux clients !

ALOhttp://officeimg.vo.msecnd.net/en-us/images/MB900449055.jpgN : Comment fais-tu pour promouvoir les nouveaux auteurs ?
PL : Il faut en parler, les lire, les chercher... dans le désordre. Sans tricher : ce n’est pas parce que c’est un nouvel auteur que c’est forcément bon, ou un « vieil » auteur que c’est forcément bon.
ALON : Ou mauvais...
PL : Il faut que les nouveaux auteurs soient bons ! La difficulté est de se faufiler dans la masse : soigner la couverture, communiquer avec les libraires de sa ville, de sa région. Si le livre est bon et si le libraire fait son travail, le livre aura du succès. Localement, mais c’est au moins ça ! L’auteur qui travaille dans son coin restera seul, avec son excellent produit. Il ne faut pas se dire « j’ai écrit le roman du siècle, tout le monde va le vouloir », il faut arriver à promouvoir son livre. Est-ce que les jeunes auteurs communiquent sur ton blog ?
ALON : Je le fais pour eux !
PL : Ben voilà ! C’est aussi un moyen de communication ! Ce n’est pas de la prétention que de promouvoir son bouquin... L’accouchement va jusque là.

 

(A suivre...)

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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 17:26

Alors que nous discutions du travail en librairie, une amie auteure a constaté que très souvent, les auteurs méconnaissaient le travail du libraire. Pour remédier à ça, je vous propose quelques interviews de libraires spécialisés dans les littératures de l’imaginaire et adolescente, ou qui leur accordent une grande place dans leurs rayons.


http://www.crlbn.fr/wp-content/uploads/2011/02/DSC03108-300x225.jpgAujourd’hui (12 janvier 2012), c’est Pierre qui nous accueille au Préambule, une librairie généraliste, née du Pré en Bulles (spécialisée BD), à Bayeux (14).

ALON (À l’ombre des nénuphars) : Bonjour ! Présente-toi en quelques lignes : comment es-tu devenu libraire ?
PL (Pierre) : Par hasard !
ALON (rires) : Les réponses sont unanimes !
PL (rires) : Par hasard, par piston et par envie.
ALON : Dans l’ordre ?
PL : Dans l’ordre. Par hasard : j’étais dans la banque et j’en avais marre ; j’ai envoyé des CV un peu partout. La maison de la presse a été la première à répondre. Par piston : c’était un ami ! Par envie : j’ai trouvé l’idée de devenir libraire géniale. Ça a été un véritable changement de métier : des chiffres aux lettres ! Avec un nouveau métier que je ne connaissais pas.
(En se servant dans le sac en papier posé entre nous.) Et merci pour le pain au chocolat !http://officeimg.vo.msecnd.net/en-us/images/MB900399199.jpg

ALON : Présente-nous ta librairie en quelques lignes, celle-ci.
PL : Là, ici, maintenant ? Je pense que c’est une vraie librairie, pas un magasin mais un lieu de découverte, d’échange et de relations avec les clients. La priorité est de découvrir pour transmettre. C’est pour ça que j’ai souhaité venir ici. C’est une librairie indépendante, Patricia [la propriétaire, NdlR] a un côté militant : elle ne veut pas suivre les réseaux de distribution mais a ses choix personnels. Même si je trouve l’offre trop féminine.

 

http://officeimg.vo.msecnd.net/en-us/images/MB900439396.jpgALON : Explique-moi ça ! Qu’est-ce que c’est, une offre féminine ?
PL : Que ce soit en BD jeunesse, en BD « hors jeunesse », en littérature jeunesse, le choix éditorial de Patricia est orienté « femmes ». Vincent a ajouté un choix plus masculin avec de la SF et de la fantasy. Et moi j’en ajoute en littérature, par exemple avec Sylvain Tesson.
ALON : Comment ça, Sylvain Tesson et la SF « c’est de la littérature pour hommes » ?!
(Rires) PL : La clientèle SF est essentiellement masculine. On a cette « patte » féminine dans les choix de Patricia, et elle a raison puisque pour une grosse part, ce sont les femmes qui entrent dans la librairie. De mon côté, il faut que je reste moi et que je réponde à la demande des hommes.

 

ALON : La librairie était auparavant une librairie BD et est devenue généraliste. Est-ce que la clientèle était féminine pour la BD ? Est-ce qu’elle a suivi la librairie après le changement ?
PL : L’ancienne clientèle a suivi et s’est élargie. Elle est différente de la clientèle que j’avais à la maison de la presse [à quelques dizaines de mètres dans la même rue, NdlR]. Je ne m’y attendais pas. Pas mal de clients que je connaissais ne sont pas encore venus ici. En général, les clients ici sont plus détendus : 99% d’entre eux arrivent avec le sourire et un vrai « bonjour ».
ALON : La clientèle « presse » est souvent différente...
PL : Complètement. Patricia est généreuse et ça se sent : les clients arrivent avec une attitude « ouverte ».

 

http://officeimg.vo.msecnd.net/en-us/images/MB900333392.jpgALON : Quelque chose à rajouter sur les clients ?
PL : Oui ! Ici, ils sont plus militants : ils viennent chercher une vraie librairie et certains se refusent à mettre les pieds dans un espace culturel, quitte à faire 30 km de plus pour aller à Caen, où il y a aussi de vraies librairies.
ALON : Pourtant, en espace culturel, on trouve aussi des libraires.
PL : Toi et moi, on le sait, mais les clients pas toujours.

 

(A suivre...)

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